J'ai 26 ans. Victime de viol à 14 ans, j'ai souffert d'anorexie mentale pendant 6 ans. Je me mutilais quasi quotidiennement. J'ai fais trois tentatives de suicide...Je suis guérie depuis trois ans. Ce blog est mon exutoire. Certaines photos peuvent choquer.Si vous vous reconnaissez dans certains de mes propos, je suis heureuse de pouvoir vous apporter un peu d'aide et de réconfort.
La rentrée scolaire qui est dans quatre jours me stress pas mal. Je n'arrive plus à me concentrer sur mes cours. Encore une fois ce sera sûrement en pleine nuit que je me réveillerais en sursault, car trop stressée, pour finir mon DM de chimie, réviser ma bio, ma chimie, mes verbes irréguliers et finir mes lectures cursives en vue des oraux blancs de français prévus dans un mois.
Je ne me sens apte à rien. Ni à rester dans le vide des journées de vacances, ni à reprendre les cours. J'ai trop peur de ne pas y arriver. Je n'ai pas envie de me forcer à sourire et écouter toutes ces conneries au lycée. Je n'ai pas envie de retrouver cette ambiance insupportable des cours, du stress des DS, du blah blah des élèves... Je me sens opressée d'avance de tout ce stress et ces responsabilités, opressée des autres et des lieux, opressée de cette vie.
Je suis seule, définitivement seule. Appart quelques textos échangés avec deux-trois personnes dans le mois, je n'ai plus personne. Ne me dites pas qu'on peut comparer des camarades de classe à des amis. C'est vrai dans certains cas, mais là ça sonne plutôt faux. J'ai beaucoup pensé à cette solitude, malgré la présence des autres et de ma famille. Comment ne pas y penser, quand on se retrouve toute seule? Plus personne à qui penser, plus de joies intenses partagées, plus de regards ni paroles échangés, plus de gentillesses ni de complicité...
Je me retrouve seule, dans le froid, le vide des journées et de ma vie...et c'est horrible. Je savais que je devais profiter à fond de l'instant présent, parce que je savais que tout ça se terminerait un jour ou l'autre. Ce que je ne savais pas c'était que ça se terminerait de cette façon là, violente, atroce, déchirante, bouleversante, et aussi soudaine. Je ne savais pas qu'à partir de cet instant, cette seule fraction de seconde, une parole de trop, un appel au secours écouté trop tôt autant que trop tard (dans tous les cas, pas au bon moment), je ne savais pas que le simple fait d'oser parler une seule fois de trop, pour une fois que je parlais, de mes actes et pensées suicidaires, de partager un seul instant de trop ce que je ressentais vraiment, d'avoir fait confiance à quelqu'un une seule fois de trop dans ma vie... je ne savais pas que ça ferait autant trembler tout leur monde et ma vie.
Je suis restée dans le silence durant 5 ans. Une seule fois j'ai parlé de ce qu'il n'allait pas, parce que j'avais confiance, parce que je voulais juste à ce moment là un peu de soutien...Cette unique fois a été de trop. Ouvrir la bouche et dire "je vais mal" ne m'a pas aidé. Personne ne pouvait comprendre, personne ne peut comprendre. Donc oui, j'ai encore beaucoup de rancune, oui je regrette d'avoir accordé ma confiance à cette amie qui était trop jeune et trop fragile pour supporter ne serait-ce qu'une seule parole de ce que j'endurais chaque jour, et qui a parlé, averti mes parents, car terrifiée de perdre cette jeune fille anéantie, cette amie qui l'avait aidée à s'intégrer dans le groupe et qui lui confiait de telles horreurs...Cette fille, moi.
Mais voilà, toutes choses ont une fin. J'aurais dû parler, je ne l'ai pas fait; j'aurais dû me taire, je ne l'ai pas fait.
Appeler à l'aide m'a fait perdre mes amis, louper mes études, perdre la confiance de ma famille, perdre du temps, tomber dans l'anorexie. Si je n'aurais rien dit j'aurais finis par me tuer. Appeler à l'aide m'a juste sauvé la vie. J'aurais préférer mourir plutôt que d'endurer autant de douleurs supplémentaires. Mais qu'est-ce-que je fais là alors? Comment j'ai fait pour supporter tout ça en plus du reste?? Je n'en sais rien.
A ce jour je suis donc seule, mais ça ne me fait plus autant mal qu'avant. Je m'en fous. J'aime même de plus en plus cet isolement -volontaire? Je ne sais pas si c'est cette p***** de maladie qui me fait me renfermer un peu plus sur moi même. Ma mère me dit que je régresse. Il est vrai, je ne m'en étais pas rendu compte, que je lui ai demandé de m'acheter un livre de coloriage(!!), je n'arrive plus à me concentrer sur mes cours, je n'ai plus envie de rien, je suis blasée de tout, j'ai encore réduit mon alimentation (exclusivement biscotte, yaourt, crème dessert, pomme, orange, jambon, blanc de dinde, saumon, lait), j'ai encore maigris: ma gourmette descend plus bas et je rentre dans des shorts et jeans taille 34 (!!)......
Elle m'a acheté des compléments alimentaire sans que je le lui demande et me dit qu'il faudrait que je face une prise de sang, elle recommence à se moquer de ma façon de me nourrir et me dire qu'elle voit bien que je n'ai plus de force parce que porter 6L de lait m'est presque impossible! Qu'elle arrête de s'inquiéter, je ne suis pas maigre!!