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J'ai 26 ans. Victime de viol à 14 ans, j'ai souffert d'anorexie mentale pendant 6 ans. Je me mutilais quasi quotidiennement. J'ai fais trois tentatives de suicide...Je suis guérie depuis trois ans. Ce blog est mon exutoire. Certaines photos peuvent choquer.Si vous vous reconnaissez dans certains de mes propos, je suis heureuse de pouvoir vous apporter un peu d'aide et de réconfort.

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Refrain

Quand je les regarde s'amuser, déconner dans les couloirs du lycée, je suis nostalgique. Je les regarde avec mes yeux du passé. Quand je les entends dire qu'elles sont amoureuses de celui ci ou celui là, je me sens perdue. Rien que d'entendre les bises et les rires éclater, les éclats de voix résonner dans une bonne humeur générale...
La complicité. L'amitié. L'amour. Les sensations. Les sentiments. Les regards. Les gestes. Les mots.
Une seule personne, juste une personne. Pour son être et non pour son sexe.
Ce n'était pas méchant. Ce n'était pas mauvais. C'était bien, c'était drôle. C'était excitant.
Cette petite pointe de douleur, silencieuse aux yeux des autres, me fait me sentir abandonnée. Parce que je n'ai pas le droit. Je leur dis souvent que je n'ai pas le droit. Ils ne réagissent pas. Pourquoi je ne peux plus m'attacher, plus avoir de véritables amies. Pourquoi je ne peux plus déconner. Ils ne se posent pas les bonnes questions, ils ne peuvent pas savoir que j'en avais vraiment besoin. Ils m'ont coupé tous repères, ils ont brisés plus que mon seul coeur, ils ont détruit tout un mur construit sur des mois de solidification. En un énorme boum catastrophique ils ont réduit mon présent en miettes. Le sien a été tellement bouleversé qu'elle n'arrivait pas à y croire. J'étais tellement rongée d'angoisse, de colère contre moi même...Je me demande comment ça se fait qu'ils ont oublié. Comment ça se fait qu'ils croient que je vais "bien" maintenant, que j'ai oublié, que je n'en veux à personne, que je ne regrette rien de ce qu'ils m'ont obligée à...Néant. Un océan de douleurs, seulement. Moi je n'ai rien oublié, moi ça me brûle de vide, moi ça me peine, moi ça me fait peur, moi ça me détruit, moi ça m'angoisse, moi ça m'isole, moi...ça me bouffe. Chaque jour.
C'est à cause d'eux aussi que je suis obligée de manger, ils me mettent la pression sans savoir. Je voudrais bien leur en parler, moi, leur dire ce que je ressens. Mais je n'en ai pas l'occasion, et quand elle se présente je n'ai pas la force, pas le courage. Je ne veux pas me retrouver chez une psy, je ne veux pas ré-avoir des rendez-vous mensuels avec mon pédiatre, je ne veux pas avoir de suivie. Rien. Je ne peux rien dire parce que ça poserait des problèmes. Parler n'a fait que me rajouter des problèmes.
Quand j'ai parlé de mon début d'harcèlement la situation est devenue pire et j'ai vécue un enfer chaque jours, chaque nuits, chaque instant, chaque secondes de ma vie. La simple histoire d'harcèlement moral est devenue un harcèlement physique et sexuel en plus. Et ça a aboutit à un viol. Mon viol.
Quand j'ai parlé du mec qui commençait à me frapper dans mon premier lycée, tout les élèves étaient au courant et c'est devenue une mise à l'écart persécutrice qui a continuée même lorsque j'ai changé de classe.
Quand j'ai parlé de mes gestes d'automulisation à une amie elle m'a trahie.
Je n'ai rien dit pour N., à propos de N. Juste peut être deux ou trois fois quelques illusions teintées d'éclats de rire: "aujourd'hui je me suis pris pleins de murs!", "y a quelqu'un qui m'a regardé bizarrement, mais c'était marrant...et flippant", "pourquoi je viens de crier? Parce que j'ai mal quand je respire...Pourquoi? Euh...Je me suis cogné dans une porte"...Cette fois ce sont les autres qui ont parlé à ma place. Cette fois j'étais bien décidée à ne rien dire, pour que ça continue. Et pour une fois que je voulais que ça continue, ça c'est arrêté.
C'est pour ça que je ne dis plus rien. J'ai envie de parler à quelqu'un, oui j'aimerai bien parler de tout ce qui me tue, de ce que je ressens...Mais il n'y a personne pour ça. J'aimerai trouver un numéro gratuit, tomber sur quelqu'un qui me parlerait, m'écouterait, me donnerait des conseils, son avis...Mais sur portable c'est payant. Et ce n'est même pas la peine que je le face avec le fixe. Je n'ai plus personne à qui me confier parce que tout le monde me trahie. Je n'ai rien que moi, ma chienne à la rigueur, le papier, l'ordis. Seule. Au lycée j'écoute les autres, je ne peux pas en parler. Je me sens épiée mais invisible en même temps.
Le plus dure, je crois, c'est que mon corps présentement ne reflète pas l'état mental dans lequel je me trouve. Tout est à refaire. La prochaine fois je ne les écouteraient pas.
49,5kg, 1m66.. 

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