Je me sens vide. J'aspire comme une éponge les problèmes de la vie quotidienne autour de moi. Je me sens aspirée par ce tourbillon de pensées, de paroles, de faits et gestes. Pardonnez moi d'aller mal. Je ne sais pas pourquoi, d'un coup la fatigue physique a raison de moi, le ras le bol m'envahis. La colère se mêle à l'angoisse, et en un instant je me sens vide. Pas réelle. J'ai beau tâter mes os sous mon tee-shirt, j'ai beau m'entailler la peau avec un couteau de cuisine, je ne me sens pas. Je ne suis pas là. Les larmes brouillent ma vue, ma gorge bloque mon appel au secours. Je ne peux pas parler, je n'arrive qu'à pleurer. Triste, tellement triste. D'un coup je m'en veux de n'avoir pas mangé depuis quatre heures et demie, je m'en veux de me laisser mourir ainsi. Pardonnez moi.
Demain je dois être forte. Et tous les autres jours qui suivront demain, je dois être forte. Ce n'est qu'un coup de fatigue, de peur, de stress qui me prend. Ce n'est pas la joie que j'ai eu ce matin en voyant les nombres sur la balance (49,7), pas l'euphorie du ventre vide sauf en liquide, pas le dégoût de ces quelques bouchées de nourriture que je me force à avaler...Ce n'est pas cela que je ressens maintenant. Je lui en veux. Parce que je ne sens plus son pouvoir, sa puissance. Parce qu'elle m'abandonne. Et seule dans ce corps fatigué, qui disparaît chaque jour un peu plus, je ne supporte pas.
Reviens, Ana, reviens, qui que tu sois. Ce n'est pas parce que j'ai peur de manger sans toi, non, je ne le peux pas, mais au moins quand tu es là je ne me sens plus seule. Tu es mon soutient. Quand tu es là je ne me retrouve pas seule dans ce corps que je refuse de voir, ce corps que je traite avec un mépris acerbe, ce corps qui me fait honte.
J'ai honte parce qu'il est trop gros, trop gras. J'ai honte parce que les autres le trouvent trop mince, trop maigre. Je ne comprends pas les regards jaloux des filles plus minces que moi. Ça me dégoûte. Je leur offrirai bien de La connaître, oui je leur donnerai volontiers une souffrance comme celle la. Ce n'est pas pour le physique, la mode, la drague ou toutes ces choses. Vous ne comprenez rien. C'est parce que je ne veux plus dépendre de cette chose que je traîne comme un boulet sur moi, autour de moi. Mon propre corps. Je le hais, je le méprise, je le déçois, je le tue. C'est ce qui me relis au monde extérieur, moi j'aimerai n'être qu'esprit. Une étincelle, un éclat d'étoile qui déchire le ciel sombre. Une fée, un ange, une pétale de rose. Ephémère, légère, merveilleuse et pourtant si fragile. Un rêve. Rien et tout à la fois. Pardonnez moi.
Oui, des excuses, toujours des excuses. Des larmes, beaucoup de larmes. Elles sont si lourdes à porter que quand elles coulent elles semblent ne jamais s'arrêter. Je me sentais si forte hier, que m'arrive t'il? Et s'ils avaient raisons de me dire maniaco-dépressive, et si c'était vraiment le début d'une autre phase? Oh non je ne veux pas. J'étais si bien! Maintenant je ne mange toujours pas beaucoup mais je l'ai perdue. Qu'importe, je n'abandonnerai pas. Cette fois, elle est à moi. Je lui cours après sans rien changer dans ce que je fais, je continue ma course dans le noir, sous la pluie, et je la retrouverai, ma lumière.
Ne jamais lâcher, ne jamais abandonner. Ne laisse pas une seconde de paix, pas une seconde de répis pour toi. Jamais. J'ai fais des conneries, j'ai appris. Je ne referais pas les même choses.
Ne te préocupe pas autant des nombres, ne pleure pas mon enfant. Tout cela n'est qu'une farce, les résultats pour l'hypoglycéridémie ne sont qu'un mauvais tour de mon corps. Il ment. Il n'est pas comme ça en faite, il n'est pas "maigre", il n'est pas malade. Arrêtez de me juger, arrêtez de me dire ce que je ne suis pas! Je n'ose plus que rarement me regarder, j'ai peur de le voir changer ou empirer. Je me cache les yeux du changement qui survient. Peur de manger, peur de voir mon monde trembler. Je ferme les yeux, je ne veux pas voir, je ne veux pas entendre ces remarques de votre part. Laissez moi tranquille! Maman ne t'inquiète pas il n'y a pas de problèmes. Je vais bien, regarde, je bouge tout le temps! Je ne suis pas fatiguée, maman, je ne suis pas malade! S'il te plait ne t'occupe pas de moi...
Je suis encore triste, le regard étrangement plein de vide. Je dois me lever maintenant. Je vais aller mieux.