Je tombe lentement dans les abysses, mes pieds quittent le sol et mes orteils aux ongles vernis de bleu sont les derniers à sentir le poids du Monde sous eux. Respire la pureté des nuages blancs cotons. Ferme les yeux, laisse les larmes couler toutes seules, emportant avec elles le peu de maquillage. Ode à sa grandeur, notre innocente! Elle tourbillonne et étincelle, les éclats de verres comme les lames de rasoirs se brisent sur le sol, en un bruit cristallin. Le silence est une réponse à cet écho. Doucement, presque tendrement, sa main décharnée s'approche de mon coeur. Je suis prisonnière volontaire dont la volonté vacille. Le sourire au lèvre pourtant, je la regarde s'avancer inlassablement. L'esprit libéré de tout poids, je sens que je succombe. Retiens ton souffle, j'arrive. Plus Elle approche, plus le froid envahit mon corps. Délice dans cette morsure brûlante. Le vent souffle alors dans ma tête. Tu vas trop loin, arrêtes! Chh...je ne pense plus à rien, je ne suis qu'esprit libéré dans un corps mutilé. Cachectique de l'intérieur seulement. Fond comme de la neige au Soleil. Pour tout revivre, pour tout recommencer. Je ne suis qu'une enfant chétive écrasée par l'angoisse. Je voudrai remonter le temps. N'être jamais née pour ne jamais souffrir. Oh, les étoiles brillent devant mes yeux embués par les larmes salées. Soudain sa main enserre mon coeur, le froid me transperce. Je ne peux plus bouger, je tombe, les battements de mon coeur ralentissent, la tension diminue violemment. Cette main ne semblait pas pouvoir offrir autant de douleurs. Je ne comprends pas. Tout est blanc autour de moi, il fait tellement froid que mes doigts sont violets- bleus. Mes oreilles bourdonnent, ma gorge est sèche. Mes jambes flageolent, je ne tiens plus debout et m'effondre sur le sol. Que dois je faire? Suis je en train de mourir? Il n'y a personne ici, je suis seule. Je me traine sur le sol dans le couloir et atteinds la cuisine. Pour atteindre le placard il me faut me lever. A la force de mes bras, tremblant de tout mon corps, je réussis à attraper la boite de sucres. J'en prends un, ma bouche est si sèche que je bois de l'eau pour qu'il fonde. Ca ne marche pas. J'ai la tête qui tourne, les bourdonnements s'intensifient, les lumières brillent avec plus d'éclats devant mes yeux. Je prends un autre sucre et un autre et encore un autre...Mes yeux se ferment, je m'effondre sur le sol, le bocal roule en un bruit de spirale à mes cotés. Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi, à la limite de la conscience. Je frôle la mort. Au bout d'un moment je reviens à moi, j'ai enfin la force d'ouvrir les yeux et, encore tremblante, je m'assois. Je me lève et me dirige vers la salle de bain, je monte sur la balance sans prendre la peine d'ôter mes vêtements: 43.9 kilos. J'ai encore maigris alors qu'on est en début d'après midi. Je me trouve grosse. Enorme. Je me remet à pleurer, enserrant mes jambes de mes bras, je me balance d'avant en arrière. ...Je ne dirai rien à personne de ce qu'il m'est arrivé ce jour là, au mois de Janvier 2009. J'ai frôlé la mort dans le silence. Puis j'ai repris le combat, et me voilà, 7 mois plus tard et 7 kilos de plus, une colère rentrée contre moi même parce que je me dis que j'aurai pu aller encore plus loin, alors que je sais que c'était déjà trop. Ou pas assez. ...