J'ai 26 ans. Victime de viol à 14 ans, j'ai souffert d'anorexie mentale pendant 6 ans. Je me mutilais quasi quotidiennement. J'ai fais trois tentatives de suicide...Je suis guérie depuis trois ans. Ce blog est mon exutoire. Certaines photos peuvent choquer.Si vous vous reconnaissez dans certains de mes propos, je suis heureuse de pouvoir vous apporter un peu d'aide et de réconfort.
Il fut un temps où je passais des heures dehors dans la rue, sous la pluie et la grèle, à marcher, marcher jusqu'à ce que mes jambes ne me portent plus. J'ai passé cet hiver dans un corps gelé, habillée le moins possible et principalement vétue de noir, dans des habits dans lesquels je flottais. Je me souviens des regards des gens, les remarques...Les yeux vides, les joues creuses, les cheveux qui tombent par poignées, la peau extrèmement pâle; ne rien entendre de ce que les autres disent, vivre enfermée dans sa bulle dorée...
Souvent je disparaissais pendant la récrée, disant à un groupe que je rejoignais l'autre, mais ce n'était pas vrai. Ils me captaient lorsqu'ils croisaient l'autre groupe et que je n'étais ni avec l'un ni avec l'autre! Alors où j'étais?... Seule, cachée dans les plus éloignées toilettes du lycée, je m'allongeais sur le sol et je me reposais. J'étais épuisée, autant physiquement que moralement, donc il me fallait faire une pause. 15 minutes loins de tous; c'était mon moment à moi. Je pleurais, je regardais mon poignet mutilé et je me disais que je devais encore tenir pendant les prochaines heures de cours. J'avais besoin de ce moment là juste pour ne plus avoir à jouer un instant le rôle de la fille normale, rire et sourire, essayer de suivre ces conversations futiles qui me passaient au dessus de la tête...J'en avais marre de leurs conneries, de leurs problèmes sans intérets! Pff...s'ils vivaient ce que moi je vis chaque jour de ma p***** de vie, ils se plaidraient sûrement moins!
Vous savez, je regrette cette période alors que je sais que c'est con. Ce que je regrette c'est mon isolementqu' L. m'apportait; je me sentais au dessus de tout. Invinsible. La mort, je n'en ai rien à faire. Et ce corpsqui leur faisait peur, oui ce corps que je trouvais gros alors que je le sentais vraiment squeletique. Parfois. Parce que je sentais la graisse, je la voyais qui dégoulinait de mon corps! C'était effrayant. Mais pourtant j'arrivais aussi à sentir mon véritable corps; je prenais mes cotes entre mes mains et j'avais l'impression d'être réelle. Quand je serrais mes os sur lesquels la peau tendue me faisait mal, j'avais l'impression que j'étais vraie, tout cela n'est pas un mirage! Si je peux plonger mes mains dans ce corps qui n'est que surface et que je touche, j'enserre mes os, alors je suis vivante.
C'est comme se mutiler. Le sang, les blessures qui s'infectent, c'est une preuve de souffrance autant que de réalité. J'ai peur de ne pas être réelle. D'ailleurs quand je me coupe je ne sens rien; quand je serre mon poignet jusqu'à le débouater je ne sens rien.
Je ne comprend pas pourquoi.
Alors je maigris pour atteindre mes os, le fond du fond de mon être, et quand je les ai en mains je me dis que je suis réelle.