J'ai 26 ans. Victime de viol à 14 ans, j'ai souffert d'anorexie mentale pendant 6 ans. Je me mutilais quasi quotidiennement. J'ai fais trois tentatives de suicide...Je suis guérie depuis trois ans. Ce blog est mon exutoire. Certaines photos peuvent choquer.Si vous vous reconnaissez dans certains de mes propos, je suis heureuse de pouvoir vous apporter un peu d'aide et de réconfort.
Sortir de l'anorexie, c'est comme perdre une partie de son identité. C'est la perte des repères, le renversement des valeurs, un contact neuf et différent avec son corps. C'est la question: « Qui étais-je, pendant 6 ans ? ». Étais-je moi-même ? Étais-je une autre moi ? Et qui suis-je, maintenant ? Suis-je celle que j'aurais dû être si cela n'était pas arrivé, si je n'avais pas vécu ce que j'avais vécu ? Ou bien suis-je le résultat, la somme de ces combats ? Si je me regarde 10 ans en arrière, j'avais 14 ans, et s'il s'était passé quelque chose, avant que le drame ne se produise, et si je n'avais pas été présente, et s'il ne m'avait pas... ? Si je regarde 10 ans en arrière, comment auraient été comblées ces 10 années ? Aurais-je été heureuse ? Aurais-je eu un petit copain gentil, une première expérience sexuelle réussie ? Aurais-je fais des études différentes, aurais-je déjà un travail ? … Ou peut-être que, le jour du drame, j'y aurais échappé parce que je me serais faite renverser par une voiture ? Ou bien que le grain de beauté suspect que l'on m'a enlevée se serait révélé cancéreux ? … Qu'est-ce qu'il fait qu'aujourd'hui je sois là, dans cette chambre, sur ce lit, un chat qui dort à ma droite et un chien à ma gauche ? Comment se fait-il que cette chambre soit ''la mienne'', que ces objets soient les miens, que j'ai ressenti tant de choses dans cette pièce, que j'ai pleuré tant de fois, que je me sois mutilée là et là, que j'ai tenté de me suicider dans cette pièce et pourtant, pourtant je suis toujours là et elle vit !!! J'ai épongé mon sang sur ce carrelage, c'est là que j'ai laissé tomber le flacon de Rivotril après en avoir bu tout le contenu, c'est ici que je me suis effondrée, c'est dans cette pièce que je prenais mes mensurations et faisais du sport à outrance, sur ce sol que je pleurais... Mais cet endroit reste plein de vie. Je me sens bien dans cette chambre. Tout à l'heure je me demandais qui j'étais, et qui j'aurais pu être si je n'avais pas vécu ce que j'ai vécu. Il aurait pu m'arriver d'autres choses horribles, comme il n'aurait pu m'arriver que des bonnes choses. J'aurai pu être complètement différente. Mais le fait est que je suis celle que je suis devenue aujourd'hui. Donc oui, j'ai 24 ans, j'ai juste un Bac, je n'ai pas le permis, je n'ai jamais eu de petit-copain, je n'ai jamais embrassé personne, je n'ai jamais eu de relation sexuelle consentie, je ne suis pas sur les réseaux sociaux, je n'ai pas des tas d'amis... Je ne rentre pas dans les cases imposées par la Société. Juste une question : est-ce ma faute ou est-ce la faute de la Société qui ne m'a pas protégée ? Mais là est un autre débat... Pour dire que j'étais perdue, lorsque j'ai commencé à écrire, et là j'y vois plus clair.